lerat_christian_brM. Christian Lerat, conseiller scientifique pour les formations auprès de la DGESIP, représente M. Patrick Hetzel, directeur général de l’Enseignement supérieur et de l’Insertion professionnelle au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR) à la Commission interministérielle de labellisation (CIL) qu’il préside en son nom depuis 2008. M. Lerat est par ailleurs professeur des universités (cultures et littératures des mondes anglophones) à l’université Bordeaux III.





1. Pourriez-vous nous rappeler le rôle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans le processus de labellisation Qualité français langue étrangère ?


Le MENSR est, avec le ministère des Affaires étrangères et européennes et le ministère de la Culture et de la Communication, à l’origine du label, qui répond à un besoin de nos universités. C’est en 2006 que les trois ministères ont demandé au CIEP de rassembler des compétences afin de concevoir les outils de la labellisation. Les trois ministères commanditaires délivrent conjointement le label depuis 2007. L’instance de décision est la Commission interministérielle de labellisation (CIL) dont la présidence est assurée par le Directeur général de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle, du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, ou par son représentant. La CIL décide d’accorder ou de ne pas accorder le label à un centre, sur la base des rapports d’audit. Elle est aussi l’organe de décision qui valide le référentiel et les procédures de labellisation. En effet, l’enseignement du FLE et les systèmes- qualité  évoluent ; les outils et procédures sont donc régulièrement remis à jour, selon un processus dont l’étape finale est la proposition présentée par l’opérateur (le CIEP) à la CIL.
La présidence de la CIL par le représentant du MENSR met en évidence la valeur stratégique que ce ministère reconnaît au label et constitue une garantie du sérieux de sa conception et de sa mise en œuvre.

2. Quels sont les enjeux de la labellisation pour le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ?

La mobilité des étudiants, des enseignants, des chercheurs est essentielle à l’université moderne. Le rayonnement de l’université française  et de la France dépendent  dans une large mesure de sa capacité à attirer les étudiants et chercheurs étrangers. Près de 280000 étudiants étrangers sont inscrits en France dans les établissements d’enseignement supérieur, ce qui place la France au troisième rang mondial. L’augmentation de Ce  nombre a augmenté de plus 60% en dix ans. À la mobilité classique des étudiants qui choisissent d’accomplir la totalité d’un cycle d’études en France s’ajoute la mobilité liée aux programmes co-diplômants dans le cadre d’accords entre nos universités et des universités étrangères (notamment dans le cadre des programmes Erasmus), qui s‘est beaucoup développée. La contribution des étudiants étrangers à la recherche française est considérable : 40% des doctorats sont obtenus par des étudiants étrangers. L’existence d’une offre de cours de français langue étrangère (FLE) en France, abondante et de qualité, est indispensable à ce vaste mouvement de mobilité entrante. La labellisation des centres dispensant des cours de FLE est un soutien à ce secteur d’activité puisqu’elle met à la disposition des centres un référentiel pour bâtir leur démarche de qualité, tout en leur donnant la possibilité de se prévaloir d’un label officiel dans leur communication à l’attention des étudiants étrangers qui recherchent une formation en FLE

3. Comment se déroule une réunion de la Commission interministérielle de labellisation ?

Le premier point à l’ordre du jour est classiquement l’examen des dossiers de demande de labellisation. Le CIEP présente les dossiers et les rapports d’audit en éclairant la commission sur les points particuliers. La commission prend alors une décision sur chaque cas. Le CIEP présente ensuite les propositions d’amélioration de la procédure et du référentiel ; ces propositions ont été préalablement discutées par le Conseil d’orientation où siègent, outre les mêmes membres que l’on retrouve dans la Commission interministérielle de labellisation, les représentants des groupements professionnels de centres de FLE, ainsi que des experts qualifiés. Cependant, même si les modifications proposées ont fait l’objet  d’un consensus du Conseil d‘orientation, elles ne s’appliquent qu’après la décision de la CIL. Le CIEP rend aussi compte à la CIL de la mise en application des décisions prises lors des réunions précédentes et informe la CIL de toutes les questions relatives à la gestion du label (par exemple l’équilibre budgétaire, le dispositif de communication sur le label), même si elles ne requièrent pas de décision de la CIL.
Les réunions se tiennent ordinairement 4 fois par an, selon un calendrier qui est commandé par celui des audits : lorsqu’un centre a été audité, il ne doit pas attendre plus de trois mois (ce qui est un maximum, la moyenne étant de moins de six semaines) pour que la CIL prenne une décision sur sa demande de labellisation.

4. Cette année les échanges avec les représentants des professionnels, groupements professionnels et auditeurs se sont intensifiés. Quels sont les principaux enseignements qu’en a retirés la Commission interministérielle de labellisation ?

Il est apparu nécessaire que le label bénéficie d’échanges plus étroits entre l’opérateur et les groupements qui fédèrent les centres de FLE. Le CIEP a donc constitué avec les représentants des groupements professionnels un groupe de travail qui a concentré son attention, d’une part, sur la question de la communication sur le label qu’assure le CIEP et que les centres souhaitent voir se moderniser et s’intensifier, et, d‘autre part, sur les améliorations à apporter au référentiel. Ces échanges sont très positifs car ils favorisent la circulation de l’information et la constitution d’une culture professionnelle commune entre les tutelles, l’opérateur et les bénéficiaires que sont les centres de FLE. Ce groupe de travail est une instance de délibération informelle où sont traités certains des points qui sont ensuite proposés à la réflexion du Conseil d’orientation et finalement à la décision de la Commission interministérielle. L’intensification des échanges entre le CIEP et les groupements professionnels a donné à la gestion du label un surcroît de dynamisme qui est ressenti au niveau de la CIL, puisque certaines de ses décisions sont la validation finale de propositions issues de ce processus de concertation.

5. La France est aujourd’hui la troisième destination mondiale des étudiants étrangers. Quels sont les enjeux de cette mobilité entrante pour la France ?

Ce qui est en jeu, c’est évidemment la place de l’université française dans l’économie mondiale de la connaissance et aussi, plus largement, le rayonnement international de la France (c’est bien pourquoi le ministère des Affaires étrangères et européennes considère lui aussi la mobilité entrante comme un objectif stratégique). Sur le plan strictement universitaire, j’ai indiqué plus haut que la recherche française doit une part de son dynamisme aux doctorants étrangers. De retour dans leur pays, ceux-ci deviennent souvent les initiateurs de coopérations avec l’université française où ils ont obtenu leurs diplômes, ou plus généralement avec les acteurs français de la coopération internationale. Quant aux diplômés étrangers qui choisissent de se fixer en France, ils sont souvent engagés dans des projets de coopération avec leur pays natal, et contribuent à concrétiser le concept de co-développement. Les diplômés des universités françaises sont, un peu partout, les principaux soutiens de la francophonie et des relations scientifiques et culturelles avec la France. Ils constituent le plus précieux des réseaux.

6. Comment se fait le recrutement des étudiants étrangers ? Quels sont les profils de ces étudiants ?

Campus France est l’opérateur de l’État pour la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger. Il offre des services d’information et d’accueil aux étudiants et chercheurs étrangers en appui aux universités en participant notamment aux grands salons internationaux sur les études.  Son action est relayée par celle des services de coopération et d ‘action culturelle de nos ambassades.
Les profils des étudiants peuvent s’analyser en fonction de l’origine géographique, de la spécialité, du niveau de diplôme recherché.
S’agissant de l’origine géographique, l’Afrique (sub-saharienne et Maghreb) est celle de 50% des étudiants étrangers. L’Europe est la deuxième zone d’origine avec 25% des étudiants. L’Asie et l’Océanie représentent plus de 16% du total, les deux Amériques 8%, les Proche et Moyen-Orients, un peu plus de 5%. On voit que beaucoup de ces étudiants viennent de pays francophones, ce qui ne garantit pas qu’un perfectionnement en français leur soit toujours inutile, mais surtout on constate que ce sont les étudiants des zones Asie-Océanie et Amériques dont le nombre marque la plus forte croissance (taux d’accroissement de l’ordre de 7% par an). On voit bien que la principale marge de croissance se situe dans des zones non francophones, d’où le rôle essentiel du dispositif d’enseignement du FLE.
S’agissant des spécialités, la répartition entre les grands domaines : administration, économie et gestion : près de 25% ; sciences fondamentales et appliquées (y compris santé, et SVT) : environ 35% ; lettres, sciences humaines et sociales (y compris droit et sciences politiques) : près de 45%, est assez équilibrée. Malgré les disparités, tous les grands domaines sont fortement concernés par cette mobilité entrante.
Enfin, s’agissant du niveau de diplôme, plus de 65% des étudiants sont inscrits en doctorat, plus de 20% en master et plus de 10% en licence. Ce sont donc les diplômes de troisième cycle qui sont recherchés par la grande majorité des étudiants étrangers.

7. Dans quelle mesure les compétences en langue française sont-elles déterminantes dans le succès ou l’échec des étudiants étrangers ?

La compétence en langue est évidemment indispensable pour comprendre les cours, rédiger et exposer à l’oral (notre système de validation des études fait largement appel aux compétences rédactionnelles et aux compétences orales : que l’on songe à ce que suppose une soutenance de thèse), mais la vie d’un étudiant ne se limite pas, heureusement, aux études. Se trouver bien en France est aussi un facteur de réussite. L’intégration sociale et culturelle passe par la maîtrise de la langue. Celle-ci sera aussi un atout professionnel : la maîtrise du français sera pour certains ce qui les distinguera d’autres personnes aux compétences comparables.

8. En mai 2010, dans le cadre de la présidence française du  G8/G20, la France accueillait la première réunion du G8 des opérateurs de la mobilité internationale étudiante. Cette réunion était placée sous le signe de la « recherche de la qualité » et a notamment consisté à réfléchir à la manière de construire une véritable stratégie d'accueil des étudiants internationaux afin de renforcer l'attractivité de la France et de garantir aux étudiants étrangers les conditions de leur réussite. Pouvez-vous nous expliquer le rôle du label Qualité français langue étrangère dans ce contexte ?

La qualité de l’accueil passe par l’enseignement de la langue mais aussi par tout un ensemble de services et de prestations : le logement, la facilitation des contacts avec les administrations, la facilitation des rencontres avec les Français, la découverte du milieu local, de ses ressources, selon une démarche qui aide l’étudiant à devenir autonome dans l’environnement français, tout en guidant ses premiers pas de la façon la plus attentive. Le label porte sur cinq domaines de qualité dont le domaine « accueil ». La France a encore des progrès à faire pour l’accueil des étudiants étrangers. Le label, en définissant des indicateurs de « bon accueil », a aidé les centres universitaires de FLE à améliorer la qualité de leurs prestations.

9. Avec la réforme de l’université, les centres de langues pour étrangers des universités voient également leurs missions évoluer. Pouvez-vous nous faire part de quelques expériences remarquables ?

Les universités vont progressivement passer de simples « relations internationales »  à de véritables « coopérations internationales » où tous les départements s’impliqueront, chacun selon ses intérêts propres. Les centres de FLE auront alors vocation, non seulement à former les primo-arrivants pour qu’ils puissent intégrer les cours, mais à devenir une sorte de service commun qui fera bénéficier de ses compétences tous les départements, et leur proposera les formations ciblées dont ils auront besoin pour les enseignants, chercheurs et étudiants étrangers impliqués dans leurs coopérations. Les centres de FLE seront de véritables instruments de coopération. Probablement les universités seront-elles amenées, dans certains cas, à repenser l’inscription de ces centres dans l’institution. L’exemple de l’université de Caen Basse-Normandie, qui vient de regrouper toutes ses activités internationales au sein d’un « Carré international » où s’intègre son « Centre d’enseignement du français pour étrangers » donne peut-être une idée de ce que pourront être ces évolutions.

10. Comment voyez-vous l’évolution du label ?

L’évolution du label pourra tenir compte de l’accroissement des exigences en termes d’accueil, et en termes d’inscription du centre dans des réseaux de coopération, à la fois en France et à l’international : un centre de FLE ne peut pas être un organisme isolé, ni au sein de son université (s’il s‘agit d’un centre universitaire), ni à l’égard des réseaux internationaux qui font émerger les nouvelles demandes en matière de mobilité étudiante.
Par ailleurs, le label aura aussi à traduire les travaux des chercheurs qui s’intéressent aux systèmes de qualité et qui privilégient désormais la notion de « qualité dynamique » : autrement dit, le label tout en restant un instrument pour attester de  la qualité à un moment donné, sera, encore plus qu’aujourd’hui, un instrument aidant les centres adhérents à bâtir une démarche qualité en perpétuelle rénovation.